CORPS D’ÉTAT,
conjugaison silencieuse
Peindre le corps après une opération
Série de quatre peintures sur lin brut, 33 × 46 cm, accompagnée d’un texte mural.
Corps d’État est née après une chirurgie thoracique qui a profondément modifié, pendant plusieurs mois, ma relation à mon propre corps.
Un geste banal, enlever seule un pull, est devenu difficile. J’ai choisi d’en faire le motif d’une série : quatre moments d’un même geste, associés à quatre verbes d’état : Paraître, Demeurer, Avoir l’air, Se révéler.
Depuis plus de vingt ans, ma peinture repose principalement sur la couleur en aplats, les contours nets et des formats plus importants.
Avec cette série, mon langage plastique s’est déplacé : petits formats, lin laissé visible, dessin au graphite et peinture réduite à des valeurs sourdes. Le vêtement, le dos, les bras et leurs tensions deviennent les traces d’un corps empêché, puis progressivement dégagé.
Les quatre œuvres sont pensées comme une conjugaison : non comme quatre images indépendantes, mais comme les variations successives d’un même corps en transformation.
Le texte présenté avec elles prolonge cette construction. Les verbes d’état y quittent leur fonction grammaticale pour devenir le vocabulaire du paraître, de l’immobilité, de la dissimulation, puis de la révélation.
Le projet interroge ce que devient un corps lorsque ses gestes ordinaires cessent d’aller de soi, et la manière dont une expérience intime peut déplacer une pratique picturale.
Texte destiné à accompagner les quatre peintures dans leur présentation murale
On nous apprend à
Paraître
Sembler
Rester à la bonne place
Demeurer tranquille
Passer pour quelqu’un de bien
Avoir l’air
Jusqu’à ce que ça déborde
Finir par se trouver
Enfin être soi
S’affirmer
Devenir
Se révéler
malgré tout
