Les histoires cachées de mes toiles

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Bleu-Gris Mélancolie – Je suis censée être heureuse
8 novembre 2025

Le salon est envahi de jouets.

L’appart sent le lait tourné et la sueur acide.

Mes seins : deux poches tendues, lourdes, bleutées.

À peine je les frôle, j’ai envie de hurler.

 

Mon ventre est vide. Flasque.

Mon cerveau, englué.

 

Mon T-shirt est à l’envers, vomi séché sur l’épaule.

Trois jours que je le porte.

 

Je m’en fous.

Je ne me souviens plus de la dernière fois où j’ai mangé assise.

Les mains libres.

Ou pris une douche, seule, sans qu’on m’appelle.

 

Mon corps me quitte parfois.

Je flotte au-dessus du bébé, des pleurs, des heures.

 

Mais dès que je respire sa nuque,

je me fonds en lui.

On se recolle. On recommence.

 

Cette nuit, j’ai rêvé que je l’oubliais dans un caddie.

Personne ne m’en voulait.

Lui non plus.

Il souriait, calme, loin de moi.

 

Je n’ai pas envie de le prendre dans les bras.

Je veux juste une nuit.

Entière.

Sans peur.

Sans cri.

 

Je pleure. En silence.

Entre deux tétées.

On m’a dit que c’était normal.

Que ça passerait.

Que c’était hormonal.

 

Je le pose dans son lit.

Il hurle.

Je le garde dans mes bras.

Il s’endort.

 

Je doute.

Je lis un article,

Un autre.

Jamais la même version.

 

Je veux bien faire.

Je ne sais plus comment.

Je l’aime.

Mais je veux qu’il se taise.

Juste cinq minutes.

Qu’il disparaisse.

 

Je ne devrais pas penser ça.

Mais je le pense.

 

Je me demande ce que ça ferait, si je partais ?

 

Et si je n’étais pas faite pour ça ?

 

Demain, je dois le laisser chez la nounou.

Première fois.

 

Je sens la faille.

Elle s’ouvre dans mon ventre.

 

Là où il était.

Là où il manque.

 

Elle ne se refermera pas.

Pas tout de suite.

 

L’instinct maternel ?

Ce n’est pas de l’amour.

C’est un fil qu’on ne coupe pas.

Indéfectible.

Invisible.

Inévitable.

 

Il naît dans le sang et la fatigue.

Il s’épaissit au milieu des cris,

des fièvres,

des nuits hachées.

 

Pas parce qu’on le veut.

Parce qu’on n’a pas le choix.

 

Tableau « Bleu-Gris Mélancolie » – acrylique sur toile – 60×60 – Inspirée de Augustin Rouart

 

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la bouée sous le bras,

j’osais franchir cette grille

et plonger, moi aussi, dans ce foutu turquoise ?

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