Les histoires cachées de mes toiles

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LONGITUDES, LATITUDES et LASSITUDES
17 mars 2025

Il y a quelques mois l’envie d’écrire est revenue à moi comme un instinct  trop longtemps étouffé. D’abord quelques notes éparses, des émotions posées sur le papier.

Puis, sans prévenir, ces fragments ont pris vie, se tissant en courtes nouvelles, en instants du quotidien figés autrement, à travers mes mots.

Peindre et écrire se mêlent. L’un nourrit l’autre, et inversement. Mes émotions s’incarnent dans ces deux langages, et ce que racontent mes tableaux devient une évidence à travers l’écriture.

LONGITUDES, LATITUDES et LASSITUDES

Cartographie du couple.

Ils se connaissent par cœur.

Le corps de l’un est le terrain de l’autre.

Cartographie connue sur le bout des doigts.

Tracée au fil des nuits, côte à côte,

des souffles qui se calent sans y penser.

 

Toujours du même côté du lit.

Toujours la même pression du bras sur l’épaule avant de sombrer.

Des habitudes devenues des évidences.

Des lois naturelles.

 

Elle pourrait le dessiner les yeux fermés :

son pied qui dépasse de la couette,

le froncement de sourcils quand il dort,

le bras chaud qui finit toujours par s’échouer doucement sur elle.

 

Lui sait déjà ce qu’elle va dire avant de s’endormir.

Ce soupir précis.

Ces soubresauts qui annoncent le sommeil.

 

Et puis, il y a la peau.

Celle qui, au début, frissonnait à la moindre caresse.

Comme ce matin où il avait retrouvé une constellation au creux de ses reins.

La Grande Ourse.

Il l’avait suivie du bout des lèvres, relié chaque point.

Elle s’était cambrée, surprise.

 

Mais aujourd’hui, plus besoin d’explorer.

Chaque détour a déjà été emprunté, chaque relief parcouru.

Ils connaissent la carte. Par cœur.

Ils ne se découvrent plus.

Ils se pratiquent.

 

Depuis plus de vingt ans.

Et c’est là le vrai défi.

Pas seulement dans le lit.

 

Parce que connaître par cœur, c’est parfois ne plus voir.

Plus de vertige.

Juste la certitude du lendemain.

 

Ils connaissent leurs longitudes et latitudes de mémoire.

Tracées à force d’habitude.

 

Ils agissent sans se parler :

qui descend les poubelles,

qui prépare le café,

qui vide le lave-vaisselle.

Ils font leurs courses en passes de rugby,

les produits atterrissant direct dans le caddie.

 

Mais c’est aussi le même menu quotidien.

Toujours.

Il radote.

Elle termine ses phrases.

Il s’accroche à la poignée quand elle conduit.

Elle passe une heure à se préparer.

Il laisse traîner ses chaussettes juste devant le panier.

Elle range frénétiquement après les soirées.

Il commence une dispute en parlant d’elle à la troisième personne.

Elle lève les yeux au ciel. Il soupire.

Il connaît le mot qui provoque une rupture sismique.

 

Relief acéré.

Érosion lente.

 

A force de tout savoir de l’autre, on croit qu’on a tout épuisé.

Tiré toutes les cartes du jeu.

Qu’on s’est forcément é-cœurés.

Et pourtant…

 

Ils sont là.

Enlacés dans leur mécanique imparfaite.

Parce qu’aimer, ce n’est pas le mystère.

C’est la répétition.

 

Un battement à l’unisson.

Sa main qu’elle serre le matin.

La couette qu’il remet sur son épaule le soir.

Chaque petit geste répété,

comme un poème ancien récité sans y penser.

 

Ils ont rêvé d’autres corps, fantasmé d’autres peaux.

Imaginé celui qu’il aurait été sans elle.

Frôlé de très près celui qui aurait pu la faire succomber.

 

Mais ils sont restés.

 

Parce qu’aimer,

c’est tout savoir… et rester.

 

Malgré l’usure.

Malgré l’envie de fuir.

Malgré soi.

 

Et si la vraie folie,

ce n’était pas l’inconnu,

mais aimer quelqu’un qu’on connaît déjà trop ?

 

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la bouée sous le bras,

j’osais franchir cette grille

et plonger, moi aussi, dans ce foutu turquoise ?

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