Les histoires cachées de mes toiles

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TAPIS MAGIQUE ou LA BOUÉE
17 mars 2025

Franchement, ils ont l’air con.

Alignés en file indienne, sourire vissé aux lèvres, à attendre leur tour en maillot de bain

pour se jeter sur ce fichu tapis de mousse.

C’était écrit noir sur blanc sur le programme :

Lundi 12 août, 15h – Tapis magique – Rendez-vous à la piscine.

Le ciel est turquoise.

Pas un nuage.

La piscine est turquoise.

Bondée.

L’animatrice porte un tee-shirt turquoise.

 

C’est la couleur des vacances.

C’est l’été.

Il faut s’éclater.

On n’a pas payé 1580 balles pour se faire chier!

 

Alors, ridicule ou non,

faut y aller sur ce tapis,

glisser, trébucher,

faire onduler sa cellulite,

exposer ses poignées d’amour,

plonger dans l’eau comme un gros morse…

et recommencer.

 

Et en rythme.

Le dernier tube de l’été hurle dans les enceintes.

Un refrain sucré comme un cocktail trop dilué.

Des paroles creuses sur la vie qu’il faut kiffer.

 

Un ado fait une bombe.

L’eau explose, éclabousse des mamans assises sur le bord.

Elles râlent.

Un bébé hurle, son biberon à la main, les fesses serrées dans une couche gonflée d’eau.

 

Le bonheur semble sponsorisé.

 

L’animatrice hurle dans son micro un “ALLEZZZZZZ” à tous les passages

 

Tout le monde joue le jeu.

Tout le monde attend son tour.

Tout le monde sourit.

 

Le ridicule ne tue pas.

L’ennui, si.

 

Moi, je suis là, figée derrière la grille,

ma bouée rayée sous le bras,

à les regarder jouer le jeu de l’été insouciant.

À attendre.

Sans trop savoir quoi.

 

Les gosses, eux, ils plongent.

Ils s’en foutent d’avoir l’air con.

 

Les adultes oscillent entre gêne et euphorie forcée.

Peut-être qu’à force de sourire, tout ça deviendra réel pour eux.

 

Au fond, je les envie.

D’être légers.

De ne pas se poser autant de questions.

D’oublier leur corps.

D’oublier le regard des autres.

D’y aller, juste parce que c’est con,

parce que c’est drôle.

 

Et si, finalement, la seule conne ici, c’était moi ?

Et si c’était moi qui n’osais pas ?

 

Et si, au lieu de rester là,

la bouée sous le bras,

j’osais franchir cette grille

et plonger, moi aussi, dans ce foutu turquoise ?

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